StratégieJuillet 20267 min de lecture
Comment évaluer un prestataire IA (avant de signer)
La démo est toujours belle. Le vrai tri se joue ailleurs : sur vos données, la sortie de production, la mesure et la sécurité. Voici la checklist que je donnerais à un acheteur.
Depuis un an, je reçois des entreprises qui ont déjà vu trois ou quatre prestataires IA et n'arrivent pas à les départager. Les démos se ressemblent, les promesses aussi. Le problème n'est pas de trouver quelqu'un qui 'fait de l'IA'. C'est de trouver quelqu'un qui vous laissera en meilleure position dans deux ans, pas plus dépendant. Voici la grille que j'utilise, côté acheteur, pour trier avant de signer.
Pourquoi c'est devenu difficile de choisir
En 2026, 'faire de l'IA' ne veut presque plus rien dire. L'éditeur a ajouté un bouton 'assistant', l'agence a recruté un profil IA, le freelance a suivi une formation le mois dernier. Tout le monde sait produire une démo qui marche sur un cas propre. Ce que la démo ne montre jamais, c'est ce qui casse en production, qui paie la facture quand le volume monte, et à qui appartient le code une fois le prestataire parti. C'est pour ça que ma méthode commence par vos données et votre réversibilité, pas par le choix du modèle : l'ordre dans lequel un prestataire aborde ces sujets en dit déjà long sur ce qui va vous arriver.
Les quatre questions qui trient vite
- Les données : où vont-elles, qui les traite, dans quel pays sont-elles stockées ? Si on vous parle du modèle avant de parler de vos données, l'ordre des priorités est déjà inversé.
- La réversibilité : si je vous remercie dans un an, qu'est-ce que je récupère et qu'est-ce que je perds ? La réponse doit inclure le code, les prompts, les données et les connecteurs.
- La mesure : comment saura-t-on que ça marche, chiffres à l'appui, et que fait-on quand le système se trompe ? Un prestataire sérieux parle d'évaluations avant de parler de mise en ligne.
- La sécurité : quels droits l'IA reçoit-elle sur vos systèmes, et quelles actions passent par une validation humaine ? 'C'est sécurisé' n'est pas une réponse.
Les signaux d'alerte
- Des chiffres sans preuve : 'jusqu'à 10x de productivité', 'l'IA divise vos coûts par deux', sans jamais dire sur quoi, mesuré comment, ni à qualité égale ou non.
- Un seul modèle imposé : le prestataire n'a qu'un fournisseur en bouche et déconseille tous les autres. Souvent parce que c'est le seul qu'il sait brancher, ou parce qu'il en est revendeur.
- Aucune évaluation : personne ne sait dire comment on jugera que le résultat est bon, ni ce qu'on fait le jour où il se trompe.
- Pas de réponse claire sur l'emplacement des données : on vous parle de 'cloud sécurisé' sans dire quel hébergeur, quel pays, quels accès.
- Le forfait qui mélange tout : construction et fonctionnement dans un seul prix mensuel, impossible de savoir ce que vous payez vraiment ni ce qui vous appartient.
Un prestataire qui vous parle du modèle avant de vous parler de vos données a inversé l'ordre des priorités. Un modèle, ça se change. Une fuite de données, non.
Les bons signaux
- Il parle des données avant du modèle : ce qui reste chez vous, ce qui part chez un tiers, et pourquoi.
- Il planifie la sortie dès le départ : code livré et documenté, prompts et connecteurs à vous, dépendances listées. Vous pouvez reprendre ou changer sans tout refaire.
- Il chiffre honnêtement : une cible mesurable plutôt qu'un slogan. '30 à 70% d'économies sur une facture LLM auditée, à qualité égale' est une promesse vérifiable ; 'on révolutionne votre productivité' n'en est pas une.
- Il s'appuie sur des standards ouverts : brancher l'IA sur vos outils via un standard comme MCP (adopté par Anthropic, OpenAI, Google et Microsoft, confié à la Linux Foundation fin 2025) plutôt qu'un branchement propriétaire qui vous enferme.
- Il montre du travail réel, pas seulement des slides : des cas qu'il a menés, avec ce qui a marché et ce qui a coincé.
Éditeur SaaS, agence, freelance : qui pour quel besoin
- L'éditeur SaaS : vous achetez un produit fini pour un besoin courant (support, prise de notes, transcription). Rapide et peu cher au départ. En échange, vous vous adaptez à l'outil, vos données vivent chez lui, et vous partagez sa feuille de route avec tous ses autres clients.
- L'agence : une équipe pour un chantier large, avec plusieurs métiers. Utile quand le projet est ambitieux et long. En échange, un coût de structure, des profils IA parfois juniors derrière le commercial, et une rotation d'équipe qui vous fait réexpliquer le contexte.
- Le freelance ou l'indépendant : un interlocuteur unique et senior, qui cadre, construit et vous transmet. Utile quand vous voulez de l'expertise sans surcouche et rester maître de ce qui est livré. En échange, une seule personne : périmètre à cadrer et disponibilité à vérifier.
Je suis dans la troisième case, alors prenez ceci avec cette réserve. Ce que je vois marcher : un indépendant pour cadrer, décider et poser le premier socle, puis vos équipes qui reprennent. J'ai détaillé ce découpage dans le rôle d'un consultant IA indépendant. L'important n'est pas le statut, c'est que la personne qui décide soit celle qui met les mains dedans.
Comment lire une proposition
- Construction et fonctionnement séparés : combien coûte la mise en place, une fois, et combien coûte le fonctionnement, chaque mois. Un forfait unique qui mélange les deux cache souvent une dépendance.
- Propriété du code et des prompts : à qui appartient ce qui est produit ? Si la réponse n'est pas 'à vous', vous louez, vous ne construisez pas.
- Dépendances : sur quels services tiers ça repose, et que se passe-t-il si l'un change ses prix ou ferme ? Le test simple : demandez ce que vous récupérez le jour où vous arrêtez. Réponse nette, vous bâtissez un actif ; réponse floue, vous louez un service dont vous ne tenez pas la prise.
Le POC, c'est aussi un test du prestataire
Un POC (une preuve de concept) valide un cas d'usage sur vos vraies données, en quelques semaines, avant d'investir. Mais il teste autant le prestataire que la faisabilité. Regardez comment il le cadre : un critère de réussite chiffré dès le départ, ou un POC ouvert qui ne se termine jamais ? Une construction facturée à part, ou un abonnement déguisé dans lequel il vous embarque directement ? Je travaille avec un POC court, cadré et facturé à part, qui reste à vous quoi qu'il arrive et se termine par une décision go ou no-go. La façon dont un prestataire réagit à cette demande vous dit déjà beaucoup.
La grille de questions à copier-coller
- Où vont mes données, qui les traite, dans quel pays sont-elles stockées ?
- Si j'arrête dans un an, qu'est-ce que je récupère exactement : code, prompts, données, connecteurs ?
- Comment mesure-t-on que ça marche, et que se passe-t-il quand le système se trompe ?
- Quels droits l'IA reçoit-elle sur mes outils, et quelles actions passent par une validation humaine ?
- Quelle part du prix est de la construction (une fois) et quelle part est du fonctionnement (chaque mois) ?
- De quels services tiers je deviens dépendant, et que se passe-t-il si l'un change ses prix ?
- Pouvez-vous me montrer un travail réel comparable, avec ce qui a coincé ?
Si un prestataire répond nettement à ces sept questions, vous tenez quelqu'un de sérieux, quel que soit son statut. Si les réponses restent floues, ce n'est pas un détail à régler après la signature : c'est le signal d'arrêt. Et si vous voulez un avis extérieur avant de vous engager, on peut en parler : je vous dis ce que je ferais à votre place, même si ce n'est pas avec moi.